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La petite fille aux cubes.

La scène se passe lorsque l’enfant a trois-quatre ans. Elle est assise par terre, jambes ouvertes, comme pratiquement seuls les enfants de cet âge peuvent le faire. Elle joue aux cubes. Elle aime bien jouer aux cubes. Il fait calme.

Soudain le père, occupé non loin de là, bondit sur elle, l’attrape par l’épaule, la secoue, lui crie que ce n’est pas bien ce qu’elle fait là…. Il lui fait promettre de ne plus recommencer. Elle est éberluée, ne comprend rien, ne comprend pas ce qu’elle faisait de mal. Quoi, lui promettre de ne plus jouer aux cubes ? Il dit : « tu es une petite fille bien sage, alors je sais que si tu le promets, tu ne recommenceras plus ». Alors elle promet, parce qu’elle a mal à l’épaule, elle sent bien à quel point papa est fâché et qu’il n’arrêtera pas tant qu’elle n’aura pas promis. Elle promet… mais elle ne sait pas ce qu’elle promet… D’habitude, quand elle ne peut pas faire quelque chose, papa et maman lui expliquent pourquoi ; ainsi, si elle a pris les ciseaux, ils prennent une feuille de papier et lui montrent que ça coupe. Alors, elle comprend.

Aussitôt après, il la lâche, la prend dans ses bras, dit qu’il a été un peu fort, s’excuse, dit qu’il faut qu’elle oublie ; il est gentil. Il lui dit qu’elle peut retourner jouer. Retourner jouer, avec mes cubes ? Oui. Pour elle, c’est le mystère complet, retourner jouer avec ses cubes ! Elle se dit qu’il y a des choses que les adultes savent et pas les enfants, elle va obéir à ce que papa veut mais elle ne sait pas à quoi.

Que s’est-il passé ? Tout simplement, quand la petite fille joue, elle balade ses cubes sur ses jambes, ses cuisses… son sexe. Elle découvre des sensations… comme elle expérimenterait la douceur d’un tissu, le froid d’un métal, ou la texture d’une matière. Mais le père a vu rouge, il y a vu autre chose. Et la petite fille s’est sentie chargée d’une faute qu’elle ne comprend pas. Oui, elle va oublier.

Pour bien appréhender ce qui s’est joué en profondeur, il nous faut observer le décalage entre la pensée d’une petite fille et celle d’un père qui n’a pas conscience du fonctionnement subconscient du petit enfant. Cela se perçoit tout le long de la scène : l’enfant obéit, mais ne sait pas à quoi, mu par le conditionnement de l’obéissance et le besoin de retrouver un confort de vie. Nous voyons aussi une zone brouillée dans la conscience du papa ; pris par ses émotions, il ne clarifie pas et délivre des messages contradictoires qui vont aussi brouiller l’enfant. A un moment, il « revient à la raison », mais l’enfant lui, dans son subconscient reste en arrière. Ce temps décalé va demeurer jusqu’à ce que l’occultation soit levée… bien des années plus tard.

La petite fille va oublier, mais le corps lui, n’oublie pas, le message paternel est passé et le blocage s’installe à l’insu de la personne qu’elle va devenir.

Quittons-là maintenant et retrouvons-la beaucoup plus tard dans un cabinet de consultation psychologique ou sexologique où elle se rend pour solutionner ses difficultés. Elle raconte son parcours, omettant bien sûr l’un ou l’autre événement tel que rapporté précédemment, dont sa mémoire consciente n’a aucun souvenir. Elle effectue un travail de la pensée, voir même du corps. Elle pratique des exercices destinés à mieux ressentir ses sensations ou affermir sa confiance en elle. Elle est confiante certes dans ce qui lui est proposé, mais en même temps elle sent confusément que ce n’est pas de cela qu’il s’agit. « Mais de quoi s’agit-il ? » se demande-t-elle.

Il est possible par ailleurs qu’elle ne sente pas quoi que ce soit de problématique dans sa sexualité, n’ayant que sa propre expérience comme référence. Ou que le malaise soit à peine perceptible, qu’après tout il n’y a pas de quoi consulter. Enfin, il se peut qu’elle n’ait jamais tellement prêté attention à cette impression récurrente de culpabilité, à cette défensive qui s’empare d’elle dès que quelqu’un l’agresse verbalement ou l’approche d’un peu trop près. Pas plus qu’à cette sensation de mystère en elle. Et qu’elle consulte pour tout autre chose…

Jusqu’à ce qu’elle revive la scène initiale et fasse le lien entre ce vécu, ce mystère qui l’habite et… ses symptômes. Et qu’ainsi elle libère le poids de la culpabilité, l’incompréhension et les blocages intérieur et sexuel.

Voici par ce vécu en consultation en Catharsis un exemple de comment peut se faire le chemin à sa propre vérité, pour sortir des douleurs enfouies.

 

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